


| Lundi 30 Mars 2009, Mirror Mirror est dans les bacs. Il aura fallu attendre, attendre et encore attendre pour pouvoir écouter ce troisième album de Ghinzu. Maintes et maintes fois reporté, il en devenait presque une blague, une sorte de Chinese Democracy à la belge. John Stargasm et son groupe ont, souvent, été décriés pour leurs plans marketing et leurs buzz montés de toute pièce. Mirror Mirror n’échappe pas à la règle : quelques concerts affichant soldout, des petits teasers sur Daily Motion et un plan média en béton armé ont fait de Ghinzu « LE » groupe dont il faut parler en ce début de printemps. Certains s’agaceront de cette omniprésence, d’autres trouveront cela plutôt bien joué. Quoi qu’il en soit, Mirror Mirror est un bien bon disque, une de ces petites furies qu’on ne se lasse pas d’écouter.
« Lors d’un concert des Cramps à Cologne. J’avais 16 ans et pas de permis de conduire. J’ai fait le mur, emprunté une bagnole et j’ai roulé dans la nuit jusqu’en Allemagne. Arrivé dans la salle, je faisais dans mon froc. L’ambiance était hypertendue. J’essayais de jouer au dur, mais je savais que tous ces types avec leurs sales gueules de rockeurs n’étaient pas dupes. Le concert était d’une sauvagerie inouïe. J’ai pensé : c’est ça que je veux faire. » (Interview de John Stargasm pour TéléMousique par Luc Lorfèvre) Voilà comment David Israël aka John Stargasm s’explique dans Télémoustique sur sa révélation « wock’n’woll ». Il y explique aussi (comme régulièrement dans ses interviews) son pseudonyme Stargasm (pseudo repris d’un acteur porno), qu’il a choisi pour se créer un personnage collant à la mythologie rock, voulant faire rêver, comme ont pu faire rêver avant lui, des pseudos comme Lux Interior, Poison Ivy, Igy Pop ou encore Sid Vicious. Ghinzu, c’est exactement ça ! Un grand cirque rock, jouant des clichés et des poses, maîtrisant à la perfection les gimmicks, et autres attitudes du rock’n’roll. Stargasm considère, d’ailleurs, le rock comme relevant de 3 accords... Le reste, c’est dans les intentions, et la manière de faire passer une personnalité, dit-il. Souvent décrié pour leur arrogance et leur rapport au paraître et à l’image, le groupe l’assume pourtant complètement. On notera que cette façon de voir la musique a toujours fait partie du rock. D’Elvis aux Beatles, des Rolling Stones au Velvet Underground, combien d’artistes talentueux ne se sont pas créés une image forte et surtout efficacement marketée ? Le problème ici, c’est que Ghinzu est un groupe belge, bien loin des grosses machines anglaises ou américaines, et quand on est un groupe belge, on est censé rester humble et fermer sa gueule. Mais bien loin de ses considérations, Ghinzu, à coup d’ambition, s’est donné avec Mirror Mirror les moyens de sortir un grand album, tant au niveau de la composition que du son. La production est super bien foutue, à la fois sexy, chaotique et léchée, ce qui n’est pas très courant pour un groupe belge, à fortiori wallon. Les chansons sont percutantes et deviendront, sans aucun doute, de véritables petits tubes, (Take It Easy, Mirror Mirror, The End Of The World, Cold Love.) On pense souvent aux Strokes, notamment au niveau de la voix, du son des guitares et des structures mais inévitablement aussi à dEUS et aux Pixies, quand ça devient plus chaotique (Dream Maker, Kill The Surfer, The War Is Silent). On accroche par contre beaucoup moins quand Ghinzu se veut plus sensible et larmoyant, comme sur Mother Allegra ou These Lights. Bien que convenablement ficelées, ces deux chansons sont en effet très vite irritantes. On accroche encore mois, carrément pas du tout en fait, quand Ghinzu transforme un petit tube à la production énorme en blague : Je t’attendrai. En effet John Stargasm y chante en Français, avec un accent Dalidesque. Dommage, musicalement, la chanson est une petite bombe. Reste deux petits tracks pour faire plus arty ; les instrumentaux Birds in my heads et Interstellar Orgy et l’album est bouclé. Malgré les réserves, le résultat est là : Mirror Mirror est une jolie petite claque, composée, quasi essentiellement, de tubes prêts à faire très mal. Avec son troisième album, Ghinzu réussit donc son pari : sortir un album ambitieux, bien produit, restant dans la lignée d’ Electronic Jacuzzi et Blow, tout en visant encore un cran plus haut au niveau qualitatif. C’est du rock, ça n’invente pas grand-chose, mais putain que c’est bon !! |
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