lundi 27 avril 2009

Sublime DFA



Grâce à une poignée de groupes choisis avec passion par son boss, James Murphy, le label new-yorkais est en passe de devenir un véritable lieu saint du milieu musical, où viennent se recueillir aussi bien les amateurs lambdas que les dj’s superstars. En moins d’une décennie, DFA Records s’est transformé en un véritable culte, peut-être même l’équivalent 2000 du Factory de Tony Wilson. Petit voyage dans l’histoire du label.

Tout commence quand un loser new-yorkais nommé James, fan absolu de The Fall et ayant fait partie d’un nombre incalculable de groupes punk mous du bulbe rencontre rencontre Tim Goldsworthy ; DJ et ingé son britannique au CV fourni, co-fondateur de Mo’Wax avec James Lavelle, jamais loin des manettes quand UNKLE ou David Holmes enregistrent un disque. La version officielle veut que les mixs de Tim, mélangeant énergie de l’electro et puissance du rock ne laissent pas Murphy indifférent, alors âgé de 29 ans et engagé comme assistant. La légende (et certains morceaux de LCD Soundsystem) raconte autre chose : le punk new-yorkais bien nourri et coincé du rock aurait en fait percuté la puissance de la musique électronique en gobant un ectsa alors que passait un morceau de Daft Punk dans une soirée !

Jusque là lui-même DJ indie à ce qu’on dit plutôt pitoyable (passer du Liquid Liquid est une chose, vider la piste sur du Can, une autre !), Murphy ne va avoir cesse de s’améliorer dans l’art de pousser les disques et ses soirées commencer à littéralement cartonner. Murphy et Goldsworthy s’associent dans la foulée et organisent des fêtes dans le quartier jadis très punk mais désormais très bobo du Lower East Side. Leur passion commune pour le vieux disco, le post-punk, le rock et l’électro bien barrée leur donne alors envie de collaborer sur d’autres terrains. Ce n’est toutefois vraiment que suite à une rencontre avec Jonathan Galkin que va naître le label DFA. Cet ancien acteur devient manager du label naissant, Murphy et Goldsworthy s’occupant de dénicher et enregistrer les signatures.

La première double sortie sur maxi vinyle pour DFA sera By the time I get to Venus de The Juan Maclean et House of Jealous Lovers de The Rapture. Coup de poker pour The Rapture, la plaque se vend à 7500 exemplaires et la presse musicale new-yorkaise s’emballe sur le nouveau son percutant d’un groupe jusque là relégué à la troisième division. House of Jealouse Lovers déclenche l’hystérie sur les dancefloors de la ville et, suite à cet énorme succès, le groupe part sur les routes pour une tournée triomphale. Murphy et Goldsworthy comprennent dès lors qu’ils tiennent une recette gagnante : mélanger new-wave et funk dans un esprit très 1979 mais avec la technologie d’aujourd’hui et, surtout, les fameuses « cloches de vaches », les cowbells programmées qui vont longtemps marquer la patte des productions DFA les mieux vendues.

Le label est toutefois bien plus éclectique et souvent ardu que ce disco-punk aujourd’hui un brin caricatural. Lorsque The Rapture sort Echoes, leur premier album à succès après des années de galère, la qualité pop de production est vantée à niveau mondial. Pourtant, quand les fashionistas se penchent ensuite sur le catalogue DFA, c’est pour se retrouver nez à nez avec des artistes pointus tels que Delia Gonzales & Gavin Russom, Black Dice ou encore Pixeltan.

LCD Soundsystem (nom que James Murphy utilisait déjà en tant que dj) sera le second succès maousse du label. Formé par Murphy et le batteur Pat Mahoney, LCD tient dans un premier temps de la blague : le single Losing My Edge est une vanne branchée rigolote, une sorte de pastiche de The Fall. Le maxi cartonne néanmoins. Plus conséquent, Yeah va faire enfler un buzz monstrueux, juste avant la sortie de l’album. Sorte d’hommage caviardé par un final acid-house apocalyptique au I Zimbra des Talking Heads, Yeah est un monument dancefloor. Plus pop, un peu décevant mais très bien reçu, l’album sort dans la foulée et reste considéré comme à la fois un classique et une claque de l’année 2005, qui reste aussi l’âge d’or de ce punk funk américain avec le succès de groupes comme !!!, Le Tigre, etc... L’album est une incroyable réussite mêlant punk et culture électronique. On y retrouve les influences de The Fall, Brian Eno ou encore Pink Floyd. LCD et DFA deviennent des initiales emblématiques de l’époque et de punk ectsasié isolé, Murphy devient non seulement chef de file d’un mouvement mais aussi bon pote d’une certaine crème de l’electrorock international (Soulwax, Tiga...)

Les autres sorties du label resteront pourtant longtemps toujours cantonnées au milieu DJ et aux branchés. DFA remixe Jon Spencer, DFA remixe Le Tigre, DFA remet le groupe culte Liquid Liquid en activité et DFA sort des compiles et des mixs très prisés mais DFA devra attendre le deuxième album de LCD Soundsystem, intitulé Sound of Silver, pour à nouveau voir affluer les dollars ; ce qui n’est pas son ambition première, on est d’accord. Aujourd’hui, le label continue de fonctionner au coup de cœur : après avoir réédité le groupe post-punk méconnu Pylon et une compilation du label berlinois Supersoul Recording, c’est le disco qui est à l’honneur du label. En 2008, DFA nous a en effet non seulement sorti le grand disque de Hercules & Love Affair (bonnes ventes !) mais Murphy et Mahoney ont également démontré via un mix pour le club anglais Fabric qu’ils n’en avaient plus pour le disco. Il est même question de totalement revoir le son et l’approche musicale du groupe LCD Soundsystem!

En quelques années, DFA a donc réussi à non seulement devenir un label incontournable de la scène musicale indépendante mais aussi une véritable source d’influence pour de nombreux musiciens et amateurs de musique. Qu’on le veuille ou non, le label new-yorkais a contribué à façonner le son d’une époque, entre new-wave, électro, disco et rock. Combien de groupes ont été influencés par ce boulimique de musiques qu’est James Murphy ? Cet ex-loser passionné est sans doute ce que la musique pop à fait de mieux ces dix dernières années et l’on peut parier que l’Eglise DFA risque encore de se remplir de nombreux fidèles. Y compris dans 30 ans, à l’heure du revival.

Article écrit avec l'aide de Serge Coosemans.

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