

« Birdie Num Num, Birdie Num Num » scande Peters Sellers, du nom du perroquet qu’il nourrit dans le film culte de Blake Edwards The Party, dont est tiré le patronyme du groupe français Birdy Nam Nam. On en est déjà certains, leur dernier disque ne sera jamais à la musique électronique ce qu’a pu être The Party au film d’humour, soit un chef d’œuvre de drôlerie et le chef de file d’un style allant d’Austin Powers à Woody Allen (ou le contraire). Manual for Succesful Rioting ne sera d’ailleurs jamais chef de file ou précurseur de quoi que ce soit. Birdy Nam Nam est rentré dans le rang du beat daft punkisant. Bienvenue donc dans une émeute puissante et énergique qui détruit tout sur son passage ; tout en laissant une odeur de déjà-vu dans les narines, dès la dernière banquette de Golf GTI partie en fumée.
Tout commence pourtant très fort pour Dj Pone, Dj Need, Crazy B et Little Mike, qui nous viennent du haut des podiums de championnats mondiaux de deejaying (remportés en équipe en 2002, en ce qui les concerne). En 2005, ces papes du turntablism décident de ranger leurs coupes pour enregistrer une véritable bombe, Birdy Nam Nam, premier album mélangeant racines et techniques hip-hop aux sons jazz, funky et électroniques ; croisement idéal entre Kraftwerk, Massive Attack et Grandmaster Flash. La critique est élogieuse, la tournée qui suit énorme (le feu à l’Olympia, aux Transmusicales...). Le groupe y relit ses titres dans des versions plus percutantes, tout en gardant l’esprit qui le caractérise, celui du mélange des genres à la sauce turntablism. Manual for Successful Rioting fait donc suite à Birdy Nam Nam, vendu à 30 000 exemplaires, autant dire que l’attente était là. Red Dawn Rising entame l’album par une lente montée, sorte de voyage haut en couleurs, qui arrive a son apogée avec le sample Pow Pow Pow de l’Australien Fabian, signé sur le très Kitsuné label Gash Digital. Mise en bouche très agréable et tournant plus percussif maîtrisé pour ce premier titre, même si on ne retrouve pas tout le groove du premier album. Malheureusement, la suite du disque va continuer à gommer ce groove comme pour mieux coller vers la french touch 2.0. C’était prévisible, à voir leur page MySpace annonçant très clairement que ce serait désormais « no more jazzy ». Trans Boulogne Express, référence à Kraftwerk, tape dur mais reste une petite perle qui donne envie de bouger son cul.
La suite, moins. Love Your Enemy (Kill Your Friends) est dispensable. Bonne Nouvelle, electro indie rock a beau être puissant, il est également fade. Trilogie pourtant super efficace, Manual for Successful Rioting, War Paint et Worried sonnent un peu trop comme du Boys Noize. Shut Up est plus puissant, hip hop et original. Newcleus, vieux groupe electro rap de Brooklyn ayant obtenu sa notoriété grâce au classique Jam On It y apparaît en featuring. Quant à Hommosexuality, confortable et cotonneuse rêverie, elle n’est pas sans rappeler le dernier Sébastien Tellier. L’album se termine par The Parachute Ending, sans doute le plus mauvais morceau de l’album. Il est produit par Justice, dont les synthés et le son anxiogène sonnent déjà comme une caricature.
L’album reste malgré tout cela cohérent de bout en bout, plutôt bien produit par le très hype Yuksek. Une bonne partie des titres est efficace mais avec ce deuxième album clairement orienté dancefloor, il n’en demeure pas moins que voilà Birdy Nam Nam réduit à un simple rôle de pion de la nouvelle révolution french touch. Dès lors, ayant semble-t-il perdu une partie de leur soul, ce manuel pour une émeute réussie sonne surtout comme une manifestation adolescente, certes puissante mais aussi sans véritable idéologie pour la porter.
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