

« La première fois que j’ai rencontré Luke, c’était en 2000, à Sydney. Il portait une grosse valise en cuir avec lui, qu’il ne lâchait jamais. À tel point que j’ai fini par lui demander ce qu’elle pouvait bien renfermer. Il l’a ouverte, et dedans, se trouvait une miniforêt tropicale avec des petites grenouilles vivantes et des arbres luxuriants. Totalement magique ! Le jour d’après, on a commencé à bosser ensemble dans mon studio et il avait encore sa valise. Je lui ai demandé s’il avait amené les grenouilles avec lui. Il m’a dit : Non, pas aujourd’hui. J’ai vu que la valise brillait, il l’a ouverte, et c’était comme une boîte à musique, recréant une minidiscothéque avec de la musique électronique. A chaque fois que je l’ai revu par la suite, les premières années, il avait toujours un truc différent dans sa valise, c’est ce qui m’a fait comprendre que je voulais faire de la musique avec lui. »
(Extrait d’interview d’Empire of The Sun dans Tsugi par Violaine Schütz)
Voilà ce que peuvent raconter les deux membres du duo Empire of The Sun en interview : de jolies histoires rocambolesques proches de leurs personnages crées pour l’occasion, deux héros au look psychédélique, maquillé en drag-queens. Cette petite histoire apparaît comme le reflet parfait de l’esprit du groupe : une pure invention kitsch, proche d’un Zigy Stardust, le talent en moins. Empire of The Sun replace la musique au rang de spectacle et débarque d’Australie avec paillettes, maquillages, histoires dignes d’un Walt Disney et ego surdimensionné pour conquérir le monde et ainsi s’infiltrer dans la brèche rock-psyché version 2000 créée par MGMT, un an plus tôt. Formé par un membre des très sympathiques Sleepy Jackson et par un échappé du groupe australien Pnau (pas la peine de fouiller les bacs du disquaire du coin, Pnau n’a jamais été distribué sur notre vieux continent), l’Empire du Soleil devrait, en toute logique, se tailler une part du gâteau en 2009 et squatter les tops de fin d’année de bons nombres de critiques rock.
La théorie étant beaucoup moins glorieuse que la pratique, l’écoute de Walking On A Dream se révèle être très très décevante. Le duo australien y joue une électro-pop aux accents psychédéliques de très mauvais goût, un mauvais goût que l’on aurait pu retrouver chez Queen ou Supertramp. On commence pourtant l’album avec un parfait petit tube, le joli Standing on the Shore, peut-être le seul titre que l’on sauvera de cet album pour hipsters en quête de nouveaux héros science-fictionesques. En étant aimable avec les deux australiens, on dira que la première partie de l’album est « sympa ». Bien que souvent dégoulinants de kitsherie, les titres ont, au minimum, le mérite d’être efficaces et extrêmement léchés (sûrement trop !). L’autre moitié de l’album fait tout bonnement office de bâclages intégraux, aucun titre ne sort du lot, pire encore, aucun titre n’arrive à attirer l’oreille, tellement la production over catchy écoeure.
Bien trop souvent comparés à MGMT, EOTS n’arrive pourtant pas à la cheville des petits prodiges de 2008. Bien au contraire, c’est comme s’il en avait pris tous les mauvais cotés pour les décupler. Ici, tout ce que certains pouvaient reprocher à ManaGeMenT (psychédélisme à outrance, production trop lisse...) se retrouve caricaturé, mais évidemment sans la force mélodique et le talent du duo de Brooklyn. Empire Of The Sun reste mou de bout en bout, l’album n’arrive jamais à décoller, la sauce ne prend pas et rien ne semble nous réconcilier avec ces deux hurluberlus du déguisement.
Bien qu’ayant un certain talent pour raconter de chouettes histoires en interview, malheureusement, sur disque, le groupe reste plutôt pathétique et très proche d’un ELO en bas régime. La valise magique de Luke n’a donc eu aucun effet sur moi. J’aurais voulu y voir la beauté d’une forêt tropicale, j’y ai simplement retrouvé trois arbres en papier mâché aux couleurs trop vives et trop brillantes. J’aurais aimé y retrouver une minidiscothéque remplie de danseurs levant les bras en l’air, il n’y avait, malheureusement, qu’une piste de danse aux lumières éblouissantes, accompagnée d’une musique beaucoup trop médiocre pour qu’un danseur n’ose s’y aventurer. J’ai alors refermé la valise, en me jurant de ne jamais la rouvrir, bien trop déçu par son contenu.
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