mercredi 17 février 2010

Soft Pack met le feu aux poudres



Rapides, fougueux, jeunes et complètement rock'n'roll, les ex-Muslims débarquent avec un patronyme flambant neuf et une rage certaine de vouloir replacer le rock sur la carte des musiques qui comptent en 2010. Ainsi, après une série de maxis aux mélodies efficacement aiguisées et au rock fichtrement bien balancé, The Soft Pack sort un premier album qui risque bien de mettre le feu aux poudres. Les guitares sont tranchantes, la voix mêle nonchalance et urgence punk, et les rythmiques basiques ultra efficaces emporteront les derniers indécis réfractaires au son rugueux d'un bon vieux rock. Pour convaincre, le groupe américain originaire de San Diego distille tout au long de son premier album éponyme un rock teinté de punk difficilement résistible. Tout le talent du groupe réside ainsi dans cette facilité à créer des tubes simplistes et entrainants, rock 'n' roll et entêtants, le tout avec une force que l'on pouvait retrouver chez nombreux groupes de rock garage ou de punk comme les Stooges, les Ramones ou encore les Modern Lovers, dont le son est très proche desThe Soft Pack.
Difficile donc, à l'écoute de l'album éponyme de The Soft Pack, de ne pas se réjouir tant on est certain de tenir là un des futurs grands albums rock de ce début de décennie. Neuf ans après Is this it? des Strokes débarque à coup de guitares tranchantes une relève qui n'a pas à rougir face à ses aînés - des titres comme "Answer To Yourself" ou "C'mon" résonnent déjà comme de futurs hymnes rock. Indéniablement, The Soft Pack va faire du bruit mais, ce que l'on espère surtout, c'est que son très bon album ne soit pas juste un feu de paille, une folie furieuse de jeunesse, car ce rock-là est jouissif et percutant. La vrai question est finalement: tiendra-t-il la route? Pour cela, comme pour tout bon groupe de rock, il faudra juger sur pièce, dans l'arène, quand ils seront sur scène, prêts à défendre corps et âme leur premier opus. Nous, on se dit que si ce groupe qui est parfois comparé aux Black Lips partage avec eux le sens du spectacle, on tient alors de futurs classiques du genre. Mais "ne mettons pas les tiags avant le jeans" et laissons aux jeunes gars de The Soft Pack le soin de prouver ce qu'ils ont dans le ventre . Et puis si l'on vous rabat une nouvelle fois les oreilles avec un revival rock, c'est tout simplement parce que le rock ne disparait jamais. The Soft Pack en 2010 en est encore une belle preuve.

Delphic autour du buzz




Autant dire que 2010 commençait mal. L'année à peine entamée que déjà débarque un bon gros buzz bien dégoulinant nommé Delphic : le groupe over hype et über sexy de 2010 que tout le monde se doit d'écouter sous peine de passer pour le plus grand des has been. Déjà comparé à New Order ou Section 25, Delphic est annoncé comme le renouveau du rock anglais avec son électro-rock pas bien différent de ce que tout le monde le fait depuis 2002. Autant dire que le groupe part sur de très mauvaises bases et qu'on aurait plutôt tendance à s'en méfier comme de la peste. Ajoutons à tout cela la propension de Delphic à faire monter le buzz depuis presqu'un an déjà grâce des maxis sur les labels tendances (R&S et Kitsuné) et à des prestations live annoncées comme fortement bien foutues, notamment en première partie de Bloc Party, Phoenix ou encore Cut Copy. Ainsi, c'est sans doute notre angoisse de devenir de vieux ploucs aigris et blasés qui nous poussera à jeter une oreille au premier album de ce combo mancunien.

On pourrait très bien dire que, comme prévu, Delphic joue un rock teinté de house aux accents mélancoliques qui rappelle évidemment New Order, mais qui fait également penser à Bloc Party ou àFriendly Fires. On pourrait, évidemment, crier à la supercherie d'une révélation en papier mâché qui ressasse ce que LCD Soundsystem avait lui même déjà puisé chez ses pairs (Gang of Four, New Order). On pourrait, également, considérer Delphic comme le dernier groupe égaré de la vague électro-rock des années 2000 déclenchée par DFA ou Modular. Ou alors, on pourrait écouter leur disque, je veux dire vraiment l'écouter et là, on ne pourrait que se rendre à l'évidence : Delphic est bel et bien là en 2010, fort de ses influences, fort de cette mélancolie pop et de ce don pour sonner juste ; pile poile entre la house et l'indie rock, bien plus fort et beau que les infâmes Klaxons pourtant propulsés il y a quelques années et dans les mêmes conditions au sommet de la hype.

Delphic risque bien de faire du bruit mais, cette fois, pour de bonnes raisons. Simplement parce que leur album est bon. Pas révolutionnaire mais juste bon, et c’est déjà pas mal. Batterie métronomique, basse puissante, beat électronique et voix mélancolique font de Delphic un des groupes phares de cet hiver 2010. Un groupe bien plus classe que leur single trop catchy "Doubt", qui ne reflète pas vraiment l'intérêt qu'on peut porter à un groupe qui se révèle plutôt grâce à des titres tels "Submission" ou "Red Lights" - de véritables pépites froides, dures et mélancoliques pour une esthétique du son que ne renierait pas le "Madchester" de l'époque rave de la Hacienda, avec ce petit plus qui se démarque des pâles copies, ce petit plus qui nous fait vibrer. On retiendra également le titre "Acolyte", qui donne son nom à l'album, et sonne comme le parfait mélange entre The Horrors et Underworld : des beats tabasseurs associés à une froideur à vous glacer le sang.

Les jeunes gars de Delphic réussissent donc à digérer sur Acolyte 30 ans de musiques indépendantes, allant de Joy Division à Chemical Brothers, en passant par Bauhaus et l'acid house, tout en le régurgitant de façon cohérente, sobre et musicalement bien foutue. Même si l'album n'est pas totalement parfait, on tient peut-être là un groupe à l'avenir plus qu'intéressant. Le verdict est là et quoi qu'en dise le baromètre de la hype, Delphic est un groupe plus intéressant et classieux que la horde de journalistes qui l'entoure. Le ramage de Delphic se rapporte donc à son plumage. De quoi faire de lui le phénix rock de ce début d'année.

Le malin Renard




Hype hype hourra ! Les branchés de chez Kitsuné sont de retour avec une compilation Maison. La huitième du nom pour le label préféré des fashionistas qui n'en demeure pas moins un excellent dénicheur de talent. La compilation du malin renard est devenue, au fil du temps, le rendez-vous d'une électro-pop-rock furibonde aux mains des tendances musicales les plus actuelles. Et ce chapitre huit ne déroge pas à la règle puisqu'il sera question de rock, de pop, d'électro et de buzz autour de nouveaux groupes, évidemment!
On peut clairement décrier les compiles Kitsuné Maison pour les mêmes raisons qu'on les aime. Il s'agit souvent d'une succession de groupes jetables aux mélodies pop sans véritable fond. Sans compter que la compile se transforme souvent en objet tendance que tout "hipster" se doit de ranger sur son étagère Philippe Starck, reléguant finalement la musique au second rang. Mais oublions tout cela et considérons avant tout la maison franco-japonaise comme de véritables sélectors, capables de nous dégoter des tueries pop ou dancefloor auxquelles on ne résistera évidemment pas. Shake your booty down to the ground! C'est parti pour l'épisode huit du désormais culte Kitsuné Maison.
Une fois de plus, le huitième chapitre des compiles Maison nous sert donc une rasade de sons frais un peu plus orientés vers la pop que vers la musique dite "dancefloor" qui a fait le succès des premiers volumes de la série. On retrouve les Australiens des Midnight Juggernauts qui avaient sorti le très bon Dystopia il y a de cela deux ans. Malheureusement, même si c'est toujours un plaisir de retrouver les Australiens de chez Modular, leur "This New Technology" paraît un peu fade. A coté de ce nom confirmé, on retrouve une pléiade d'artistes déjà aperçus sur les volumes précédents : Chew Lips, Beni, Heartsrevolution, Delphic ou encore les très bons Two Door Cinema Club. Dans cette catégorie des artistes déjà compilés précédemment, tendez l'oreille lorsque vous croiserez le Belge Beni dont le titre "Maximus", ici remixé par Harvard Bass, est d'une efficacité redoutable. Mention bien également pour les tracks de Chew Lips et Heartsrevolution. Quant à Two Door Cinema Club et Delphic, on attend leurs albums avec une certaine impatience histoire de pouvoir vérifier si leur talent tient la route sur la longueur. Du côté des nouvelles têtes, on jettera notre dévolu sur The Drums et Memory Tapes, deux groupes dont le buzz risque d'enfler très vite. Les premiers, The Drums, groupe new-yorkais signé sur l'excellent label Moshi Moshi, dont le titre "Let's Go Surfing", une fois entendu, risque de vous accompagner durant toute la journée grâce à une pop-rock imparable aux guitares ensoleillées et à un refrain sifflé entêtant. Autre style avec Memory Tapes, plus mélancolique, qui, avec un "Bicycles" aux accents New Ordesques, donne un bel aperçu de son fabuleux album Seek Magic, que l'on vous conseille fortement. Dans le désordre, on appréciera également Le Corps Mince de Françoise, Siriusmo ou encore l'électro-punk de Crystal Fighters. Parmi cette sélection aux petits oignons de Gildas et Masaya, on ne vous affirmera pas que les dix-neuf titres sont indispensables. Bien que les choix soient d'une qualité plus que correcte, on brandira malgré tout nos cartons rouges à quelques titres "dispensables". On pense à My Tiger My Timing, Parallels, Amwe ou encore l'abominable Jolie Cherie, sorte de Yelle en encore plus triste.
Ne gâchons malgré tout pas notre plaisir, ce Kitsuné Maison 8 est plus qu'agréable et comme souvent, le label réussit à avoir une longueur d'avance sur la concurrence grâce à un savant mélange de titres efficaces et de découvertes alléchantes. La curiosité d'un amateur de pop music actuelle ne peut donc décemment pas se passer de la sélection du malin renard, quitte à ce qu’elle finisse délaissée sur l'étagère.

Techno Vitale




C'était en 2001: le Dijonnais Pascal Arbez, plus connu sous le nom deVitalic, sort sur le label International Deejay Gigolo son Poney Ep. C'est la claque, quatre titres alliant l'intensité du rock à la folie de la techno. Peu après sa sortie, le vinyle devient la plaque la plus vendue du label de DJ Hell, "Poney part 2" et surtout "la rock 01" retournent tous les dancefloors, ce dernier titre allant jusqu'à figurer sur la compilation As Heard on Radio Soulwax pt. 2 des 2 many dj's. Vitalicmonte ensuite sa propre structure, Citizen Records, s'offre quelques remixes puis seulement s'attaque à son album.

Ok Cowboy sort en 2005 et est également un énorme succès. Un artiste électro français n'avait plus touché un public aussi large depuis la vague French touch de la fin des années 90 avec Daft Punk et consorts. "My Friend Dario" devient un hymne qui réunit les amateurs de techno, de rock ou de disco, on joue le titre dans les clubs branchés des capitales européennes mais aussi dans les fêtes de village. L'album se vend à 100.000 exemplaires et Vitalic garde une crédibilité artistique certaine. Souvent considéré comme étant le précurseur de la French Touch 2.0, il fut en effet un des premiers à sortir une electro plus épaisse, à envoyer des turbines, bref à maximaliser son son. Fort du succès de son premier album, Vitalic s'aventure dans une tournée mondiale gargantuesque, fréquentant clubs et gros festivals, laissant à chaque passage des trainées de soufre, tant son live était surpuissant.

Nous sommes maintenant en 2009. Le mois de septembre annonçait son habituelle rentrée scolaire, mais aussi celle de Pascal Arbez qui débarque avec son deuxième album, Flashmob. Quatre ans après la folie Ok Cowboy, l'effet Vitalic est retombé, de gros tabasseurs et amateurs de turbine sont passés derière lui, épaisissant le son encore et encore souvent jusqu'à l'écoeurement. Le Dijonnais fait maintenant partie des vétérans de la scène, mais sa deuxième plaque n'en demeure pas moins attendue. Sur ce deuxième chapitre de l'histoire, on oublie doucement les guitares vrillées et le rock viril qui ont fait le succès de Ok Cowboy. Moins percutant, plus mature, Vitalic nous revient avec un album plus orienté électro-disco. Le son se veut moins dark, plus lumineux. La majorité des titres de l'album sonnent néammoins comme d'éternels "singles" qui pousseront le public à lever les bras en l'air, une fois en live. Une musique moins énervée, mais plus fouillée, plus chaude, plus sinueuse sans doute également. Alors que Pias désirait un album pop de la part de Vitalic, le Français leur sert un album de techno, une techno qui se mêle parfois au disco ("Station Mir 2009"), se perd dans des ballades moites et vocodées ("Still" et "Poison Lipp") mais aussi dans une électro plus dure ("See the sea" ou encore "Terminator Benelux").

Sans être un disque éminemment retournant, on a bien l'impression que le Flashmob de Vitalic va rentrer doucement dans les cerveaux, grâce a ses plages de musiques électroniques difficilement résistibles, qui mettront d'ici quelques mois tout le monde d'accord, de l'éminent spécialiste à l'amateur de gros son dégoulinant. L'effet Vitalic sans doute.