mercredi 29 avril 2009

Ghinzu: Belgium Wock 'n' Woll




Lundi 30 Mars 2009, Mirror Mirror est dans les bacs. Il aura fallu attendre, attendre et encore attendre pour pouvoir écouter ce troisième album de Ghinzu. Maintes et maintes fois reporté, il en devenait presque une blague, une sorte de Chinese Democracy à la belge. John Stargasm et son groupe ont, souvent, été décriés pour leurs plans marketing et leurs buzz montés de toute pièce. Mirror Mirror n’échappe pas à la règle : quelques concerts affichant soldout, des petits teasers sur Daily Motion et un plan média en béton armé ont fait de Ghinzu « LE » groupe dont il faut parler en ce début de printemps. Certains s’agaceront de cette omniprésence, d’autres trouveront cela plutôt bien joué. Quoi qu’il en soit, Mirror Mirror est un bien bon disque, une de ces petites furies qu’on ne se lasse pas d’écouter.

« Lors d’un concert des Cramps à Cologne. J’avais 16 ans et pas de permis de conduire. J’ai fait le mur, emprunté une bagnole et j’ai roulé dans la nuit jusqu’en Allemagne. Arrivé dans la salle, je faisais dans mon froc. L’ambiance était hypertendue. J’essayais de jouer au dur, mais je savais que tous ces types avec leurs sales gueules de rockeurs n’étaient pas dupes. Le concert était d’une sauvagerie inouïe. J’ai pensé : c’est ça que je veux faire. »

(Interview de John Stargasm pour TéléMousique par Luc Lorfèvre)

Voilà comment David Israël aka John Stargasm s’explique dans Télémoustique sur sa révélation « wock’n’woll ». Il y explique aussi (comme régulièrement dans ses interviews) son pseudonyme Stargasm (pseudo repris d’un acteur porno), qu’il a choisi pour se créer un personnage collant à la mythologie rock, voulant faire rêver, comme ont pu faire rêver avant lui, des pseudos comme Lux Interior, Poison Ivy, Igy Pop ou encore Sid Vicious. Ghinzu, c’est exactement ça ! Un grand cirque rock, jouant des clichés et des poses, maîtrisant à la perfection les gimmicks, et autres attitudes du rock’n’roll. Stargasm considère, d’ailleurs, le rock comme relevant de 3 accords... Le reste, c’est dans les intentions, et la manière de faire passer une personnalité, dit-il. Souvent décrié pour leur arrogance et leur rapport au paraître et à l’image, le groupe l’assume pourtant complètement. On notera que cette façon de voir la musique a toujours fait partie du rock. D’Elvis aux Beatles, des Rolling Stones au Velvet Underground, combien d’artistes talentueux ne se sont pas créés une image forte et surtout efficacement marketée ? Le problème ici, c’est que Ghinzu est un groupe belge, bien loin des grosses machines anglaises ou américaines, et quand on est un groupe belge, on est censé rester humble et fermer sa gueule.

Mais bien loin de ses considérations, Ghinzu, à coup d’ambition, s’est donné avec Mirror Mirror les moyens de sortir un grand album, tant au niveau de la composition que du son. La production est super bien foutue, à la fois sexy, chaotique et léchée, ce qui n’est pas très courant pour un groupe belge, à fortiori wallon. Les chansons sont percutantes et deviendront, sans aucun doute, de véritables petits tubes, (Take It Easy, Mirror Mirror, The End Of The World, Cold Love.) On pense souvent aux Strokes, notamment au niveau de la voix, du son des guitares et des structures mais inévitablement aussi à dEUS et aux Pixies, quand ça devient plus chaotique (Dream Maker, Kill The Surfer, The War Is Silent). On accroche par contre beaucoup moins quand Ghinzu se veut plus sensible et larmoyant, comme sur Mother Allegra ou These Lights. Bien que convenablement ficelées, ces deux chansons sont en effet très vite irritantes.

On accroche encore mois, carrément pas du tout en fait, quand Ghinzu transforme un petit tube à la production énorme en blague : Je t’attendrai. En effet John Stargasm y chante en Français, avec un accent Dalidesque. Dommage, musicalement, la chanson est une petite bombe. Reste deux petits tracks pour faire plus arty ; les instrumentaux Birds in my heads et Interstellar Orgy et l’album est bouclé. Malgré les réserves, le résultat est là : Mirror Mirror est une jolie petite claque, composée, quasi essentiellement, de tubes prêts à faire très mal.

Avec son troisième album, Ghinzu réussit donc son pari : sortir un album ambitieux, bien produit, restant dans la lignée d’ Electronic Jacuzzi et Blow, tout en visant encore un cran plus haut au niveau qualitatif. C’est du rock, ça n’invente pas grand-chose, mais putain que c’est bon !!


lundi 27 avril 2009

Buraka Som Sistema: Au son du "Kuduro"



En plein mois de février, déprimé par le ciel bas et gris de notre plat pays, un album solaire arrive entre mes mains, Black Diamond de Buraka Som Sistema. L’étrange pochette rouge composée d’un diamant noir en son centre ne me dit pourtant rien. Seul leur label Fabric Records (label du club londonien Fabric, sortant régulièrement d’énormes CD mixés), évoque pour moi quelque chose. Je glisse donc la rondelle dans le lecteur, sans la moindre info sur le groupe et donc, sans aucun a priori, fait plutôt rare à l’époque du web, des albums leakés et des buzz à tout va. Dès les premières secondes, c’en est fini de l’hiver qui m’engourdit. Black Diamond réchauffe les cœurs et les corps, les percus africaines se mêlant aux beats electro résonnent jusqu’au fond de mon ventre. La puissance est là, mes bras s’agitent, mon corps ondule et me voilà parti dans un voyage musical d’une cinquantaine de minutes, fait de rythmes africains, de fêtes brésiliennes et de hip-hop américain. Depuis, Black Diamond n’a pas quitté mon iPod et j’en sais beaucoup plus sur Buraka Som Sistema.

Le groupe nous vient du Portugal. Leur son, mêlant percussions africaines ultra-rapides et house européenne, arrive tout droit des ghettos de Luanda, en Angola, et fut très vite exporté au Portugal. Ce style musical, à la rapidité affolante, porte le nom de Kuduro (littéralement "cul dur" en Portugais). Il fait danser toute la jeunesse populaire angolaise et est sur le point de débarquer sur l’entièreté du vieux continent (ne se limitant plus à la capitale portugaise). Le Kuduro, popularisé depuis quelques mois grâce aux sets de Diplo, Switch et tous les dj’s de la nouvelle scène fidget house anglaise, a peut-être trouvé grâce à Black Diamond l’album qui pourrait faire découvrir le genre à un plus large public.

L’album commence par Luanda Lisboa, peut-être un des titres les moins hip-hop de l’album (avec General). Dès ce premier morceau et son intro imparable, les sons vont claquer et l’ambiance va monter sans jamais redescendre. À peine le premier track terminé, arrive le morceau le plus énorme de l’album. Celui qui pourrait faire danser la planète entière d’ici quelques mois se nomme Sound of Kuduro. En plus du dj’s angolais Znobia et des deux mc’s portugais (Saborosa et Puto Prada), il se paye le luxe d’un featuring avec M.I.A. Sound of Kuduro est basé sur une rythmique rapide, des beats énormes et un refrain super efficace. Bref, une petite tuerie prête à retourner tous les festivals et pistes de danse de cet été. L’album continue avec des bombes électro-hip-hop de ce genre, n’hésitant pas à faire s’entrechoquer percus africaines et dubstep anglais, rythme samba et drum & bass.

Leur premier LP tient donc le haut du pavé de bout en bout, composé d’énormes chansons comme le très entêtant Kalemba (Wegue-Wegue) ou le très puissant Yah ! rappé en portugais (comme une majorité de l’album). N’oublions pas les rouleaux compresseurs Tiroza et Skank & Move où l’on peut croiser le rappeur anglais Kano, dont le flow est absolument jouissif sur ce morceau. Petit ovni sur l’album, le titre General oublie le rap pour une chanson beaucoup plus africaine, tout en gardant quelques sons électro. Ambiance plus sucrée et ensoleillée donc sur ce titre. On termine avec les titres News Africas 1 et 2, idéales pour terminer l’album, ces chansons plus planantes et froides (retouvant parfois les ambiances de Burial) restent, néanmoins, un très bon final pour quitter BSS en beauté.

L’ensemble de l’album reste d’une puissance et d’une originalité rarement atteintes malgré quelques titres un peu moins accrocheurs, notamment Kurum et IC19. Ce Black Diamond est une énorme claque : rythmes dingues, refrains énormes et envie de bouger son cul tout au long du disque. En espérant que cette petite tornade sorte de l’underground dans les mois à venir et profite du buzz énorme autour de disques récents aux rythmes africains et à l’énergie positive (Amadou & Mariam, Vampire Weekend...) Amateurs de rythmes endiablés, cet ouragan est pour vous !

Empire Of The Sun : Over Catchy!!



« La première fois que j’ai rencontré Luke, c’était en 2000, à Sydney. Il portait une grosse valise en cuir avec lui, qu’il ne lâchait jamais. À tel point que j’ai fini par lui demander ce qu’elle pouvait bien renfermer. Il l’a ouverte, et dedans, se trouvait une miniforêt tropicale avec des petites grenouilles vivantes et des arbres luxuriants. Totalement magique ! Le jour d’après, on a commencé à bosser ensemble dans mon studio et il avait encore sa valise. Je lui ai demandé s’il avait amené les grenouilles avec lui. Il m’a dit : Non, pas aujourd’hui. J’ai vu que la valise brillait, il l’a ouverte, et c’était comme une boîte à musique, recréant une minidiscothéque avec de la musique électronique. A chaque fois que je l’ai revu par la suite, les premières années, il avait toujours un truc différent dans sa valise, c’est ce qui m’a fait comprendre que je voulais faire de la musique avec lui. »

(Extrait d’interview d’Empire of The Sun dans Tsugi par Violaine Schütz)

Voilà ce que peuvent raconter les deux membres du duo Empire of The Sun en interview : de jolies histoires rocambolesques proches de leurs personnages crées pour l’occasion, deux héros au look psychédélique, maquillé en drag-queens. Cette petite histoire apparaît comme le reflet parfait de l’esprit du groupe : une pure invention kitsch, proche d’un Zigy Stardust, le talent en moins. Empire of The Sun replace la musique au rang de spectacle et débarque d’Australie avec paillettes, maquillages, histoires dignes d’un Walt Disney et ego surdimensionné pour conquérir le monde et ainsi s’infiltrer dans la brèche rock-psyché version 2000 créée par MGMT, un an plus tôt. Formé par un membre des très sympathiques Sleepy Jackson et par un échappé du groupe australien Pnau (pas la peine de fouiller les bacs du disquaire du coin, Pnau n’a jamais été distribué sur notre vieux continent), l’Empire du Soleil devrait, en toute logique, se tailler une part du gâteau en 2009 et squatter les tops de fin d’année de bons nombres de critiques rock.

La théorie étant beaucoup moins glorieuse que la pratique, l’écoute de Walking On A Dream se révèle être très très décevante. Le duo australien y joue une électro-pop aux accents psychédéliques de très mauvais goût, un mauvais goût que l’on aurait pu retrouver chez Queen ou Supertramp. On commence pourtant l’album avec un parfait petit tube, le joli Standing on the Shore, peut-être le seul titre que l’on sauvera de cet album pour hipsters en quête de nouveaux héros science-fictionesques. En étant aimable avec les deux australiens, on dira que la première partie de l’album est « sympa ». Bien que souvent dégoulinants de kitsherie, les titres ont, au minimum, le mérite d’être efficaces et extrêmement léchés (sûrement trop !). L’autre moitié de l’album fait tout bonnement office de bâclages intégraux, aucun titre ne sort du lot, pire encore, aucun titre n’arrive à attirer l’oreille, tellement la production over catchy écoeure.

Bien trop souvent comparés à MGMT, EOTS n’arrive pourtant pas à la cheville des petits prodiges de 2008. Bien au contraire, c’est comme s’il en avait pris tous les mauvais cotés pour les décupler. Ici, tout ce que certains pouvaient reprocher à ManaGeMenT (psychédélisme à outrance, production trop lisse...) se retrouve caricaturé, mais évidemment sans la force mélodique et le talent du duo de Brooklyn. Empire Of The Sun reste mou de bout en bout, l’album n’arrive jamais à décoller, la sauce ne prend pas et rien ne semble nous réconcilier avec ces deux hurluberlus du déguisement.

Bien qu’ayant un certain talent pour raconter de chouettes histoires en interview, malheureusement, sur disque, le groupe reste plutôt pathétique et très proche d’un ELO en bas régime. La valise magique de Luke n’a donc eu aucun effet sur moi. J’aurais voulu y voir la beauté d’une forêt tropicale, j’y ai simplement retrouvé trois arbres en papier mâché aux couleurs trop vives et trop brillantes. J’aurais aimé y retrouver une minidiscothéque remplie de danseurs levant les bras en l’air, il n’y avait, malheureusement, qu’une piste de danse aux lumières éblouissantes, accompagnée d’une musique beaucoup trop médiocre pour qu’un danseur n’ose s’y aventurer. J’ai alors refermé la valise, en me jurant de ne jamais la rouvrir, bien trop déçu par son contenu.

Sublime DFA



Grâce à une poignée de groupes choisis avec passion par son boss, James Murphy, le label new-yorkais est en passe de devenir un véritable lieu saint du milieu musical, où viennent se recueillir aussi bien les amateurs lambdas que les dj’s superstars. En moins d’une décennie, DFA Records s’est transformé en un véritable culte, peut-être même l’équivalent 2000 du Factory de Tony Wilson. Petit voyage dans l’histoire du label.

Tout commence quand un loser new-yorkais nommé James, fan absolu de The Fall et ayant fait partie d’un nombre incalculable de groupes punk mous du bulbe rencontre rencontre Tim Goldsworthy ; DJ et ingé son britannique au CV fourni, co-fondateur de Mo’Wax avec James Lavelle, jamais loin des manettes quand UNKLE ou David Holmes enregistrent un disque. La version officielle veut que les mixs de Tim, mélangeant énergie de l’electro et puissance du rock ne laissent pas Murphy indifférent, alors âgé de 29 ans et engagé comme assistant. La légende (et certains morceaux de LCD Soundsystem) raconte autre chose : le punk new-yorkais bien nourri et coincé du rock aurait en fait percuté la puissance de la musique électronique en gobant un ectsa alors que passait un morceau de Daft Punk dans une soirée !

Jusque là lui-même DJ indie à ce qu’on dit plutôt pitoyable (passer du Liquid Liquid est une chose, vider la piste sur du Can, une autre !), Murphy ne va avoir cesse de s’améliorer dans l’art de pousser les disques et ses soirées commencer à littéralement cartonner. Murphy et Goldsworthy s’associent dans la foulée et organisent des fêtes dans le quartier jadis très punk mais désormais très bobo du Lower East Side. Leur passion commune pour le vieux disco, le post-punk, le rock et l’électro bien barrée leur donne alors envie de collaborer sur d’autres terrains. Ce n’est toutefois vraiment que suite à une rencontre avec Jonathan Galkin que va naître le label DFA. Cet ancien acteur devient manager du label naissant, Murphy et Goldsworthy s’occupant de dénicher et enregistrer les signatures.

La première double sortie sur maxi vinyle pour DFA sera By the time I get to Venus de The Juan Maclean et House of Jealous Lovers de The Rapture. Coup de poker pour The Rapture, la plaque se vend à 7500 exemplaires et la presse musicale new-yorkaise s’emballe sur le nouveau son percutant d’un groupe jusque là relégué à la troisième division. House of Jealouse Lovers déclenche l’hystérie sur les dancefloors de la ville et, suite à cet énorme succès, le groupe part sur les routes pour une tournée triomphale. Murphy et Goldsworthy comprennent dès lors qu’ils tiennent une recette gagnante : mélanger new-wave et funk dans un esprit très 1979 mais avec la technologie d’aujourd’hui et, surtout, les fameuses « cloches de vaches », les cowbells programmées qui vont longtemps marquer la patte des productions DFA les mieux vendues.

Le label est toutefois bien plus éclectique et souvent ardu que ce disco-punk aujourd’hui un brin caricatural. Lorsque The Rapture sort Echoes, leur premier album à succès après des années de galère, la qualité pop de production est vantée à niveau mondial. Pourtant, quand les fashionistas se penchent ensuite sur le catalogue DFA, c’est pour se retrouver nez à nez avec des artistes pointus tels que Delia Gonzales & Gavin Russom, Black Dice ou encore Pixeltan.

LCD Soundsystem (nom que James Murphy utilisait déjà en tant que dj) sera le second succès maousse du label. Formé par Murphy et le batteur Pat Mahoney, LCD tient dans un premier temps de la blague : le single Losing My Edge est une vanne branchée rigolote, une sorte de pastiche de The Fall. Le maxi cartonne néanmoins. Plus conséquent, Yeah va faire enfler un buzz monstrueux, juste avant la sortie de l’album. Sorte d’hommage caviardé par un final acid-house apocalyptique au I Zimbra des Talking Heads, Yeah est un monument dancefloor. Plus pop, un peu décevant mais très bien reçu, l’album sort dans la foulée et reste considéré comme à la fois un classique et une claque de l’année 2005, qui reste aussi l’âge d’or de ce punk funk américain avec le succès de groupes comme !!!, Le Tigre, etc... L’album est une incroyable réussite mêlant punk et culture électronique. On y retrouve les influences de The Fall, Brian Eno ou encore Pink Floyd. LCD et DFA deviennent des initiales emblématiques de l’époque et de punk ectsasié isolé, Murphy devient non seulement chef de file d’un mouvement mais aussi bon pote d’une certaine crème de l’electrorock international (Soulwax, Tiga...)

Les autres sorties du label resteront pourtant longtemps toujours cantonnées au milieu DJ et aux branchés. DFA remixe Jon Spencer, DFA remixe Le Tigre, DFA remet le groupe culte Liquid Liquid en activité et DFA sort des compiles et des mixs très prisés mais DFA devra attendre le deuxième album de LCD Soundsystem, intitulé Sound of Silver, pour à nouveau voir affluer les dollars ; ce qui n’est pas son ambition première, on est d’accord. Aujourd’hui, le label continue de fonctionner au coup de cœur : après avoir réédité le groupe post-punk méconnu Pylon et une compilation du label berlinois Supersoul Recording, c’est le disco qui est à l’honneur du label. En 2008, DFA nous a en effet non seulement sorti le grand disque de Hercules & Love Affair (bonnes ventes !) mais Murphy et Mahoney ont également démontré via un mix pour le club anglais Fabric qu’ils n’en avaient plus pour le disco. Il est même question de totalement revoir le son et l’approche musicale du groupe LCD Soundsystem!

En quelques années, DFA a donc réussi à non seulement devenir un label incontournable de la scène musicale indépendante mais aussi une véritable source d’influence pour de nombreux musiciens et amateurs de musique. Qu’on le veuille ou non, le label new-yorkais a contribué à façonner le son d’une époque, entre new-wave, électro, disco et rock. Combien de groupes ont été influencés par ce boulimique de musiques qu’est James Murphy ? Cet ex-loser passionné est sans doute ce que la musique pop à fait de mieux ces dix dernières années et l’on peut parier que l’Eglise DFA risque encore de se remplir de nombreux fidèles. Y compris dans 30 ans, à l’heure du revival.

Article écrit avec l'aide de Serge Coosemans.

Birdy Nam Nam: Emeute réussie?



« Birdie Num Num, Birdie Num Num » scande Peters Sellers, du nom du perroquet qu’il nourrit dans le film culte de Blake Edwards The Party, dont est tiré le patronyme du groupe français Birdy Nam Nam. On en est déjà certains, leur dernier disque ne sera jamais à la musique électronique ce qu’a pu être The Party au film d’humour, soit un chef d’œuvre de drôlerie et le chef de file d’un style allant d’Austin Powers à Woody Allen (ou le contraire). Manual for Succesful Rioting ne sera d’ailleurs jamais chef de file ou précurseur de quoi que ce soit. Birdy Nam Nam est rentré dans le rang du beat daft punkisant. Bienvenue donc dans une émeute puissante et énergique qui détruit tout sur son passage ; tout en laissant une odeur de déjà-vu dans les narines, dès la dernière banquette de Golf GTI partie en fumée.

Tout commence pourtant très fort pour Dj Pone, Dj Need, Crazy B et Little Mike, qui nous viennent du haut des podiums de championnats mondiaux de deejaying (remportés en équipe en 2002, en ce qui les concerne). En 2005, ces papes du turntablism décident de ranger leurs coupes pour enregistrer une véritable bombe, Birdy Nam Nam, premier album mélangeant racines et techniques hip-hop aux sons jazz, funky et électroniques ; croisement idéal entre Kraftwerk, Massive Attack et Grandmaster Flash. La critique est élogieuse, la tournée qui suit énorme (le feu à l’Olympia, aux Transmusicales...). Le groupe y relit ses titres dans des versions plus percutantes, tout en gardant l’esprit qui le caractérise, celui du mélange des genres à la sauce turntablism. Manual for Successful Rioting fait donc suite à Birdy Nam Nam, vendu à 30 000 exemplaires, autant dire que l’attente était là. Red Dawn Rising entame l’album par une lente montée, sorte de voyage haut en couleurs, qui arrive a son apogée avec le sample Pow Pow Pow de l’Australien Fabian, signé sur le très Kitsuné label Gash Digital. Mise en bouche très agréable et tournant plus percussif maîtrisé pour ce premier titre, même si on ne retrouve pas tout le groove du premier album. Malheureusement, la suite du disque va continuer à gommer ce groove comme pour mieux coller vers la french touch 2.0. C’était prévisible, à voir leur page MySpace annonçant très clairement que ce serait désormais « no more jazzy ». Trans Boulogne Express, référence à Kraftwerk, tape dur mais reste une petite perle qui donne envie de bouger son cul.

La suite, moins. Love Your Enemy (Kill Your Friends) est dispensable. Bonne Nouvelle, electro indie rock a beau être puissant, il est également fade. Trilogie pourtant super efficace, Manual for Successful Rioting, War Paint et Worried sonnent un peu trop comme du Boys Noize. Shut Up est plus puissant, hip hop et original. Newcleus, vieux groupe electro rap de Brooklyn ayant obtenu sa notoriété grâce au classique Jam On It y apparaît en featuring. Quant à Hommosexuality, confortable et cotonneuse rêverie, elle n’est pas sans rappeler le dernier Sébastien Tellier. L’album se termine par The Parachute Ending, sans doute le plus mauvais morceau de l’album. Il est produit par Justice, dont les synthés et le son anxiogène sonnent déjà comme une caricature.

L’album reste malgré tout cela cohérent de bout en bout, plutôt bien produit par le très hype Yuksek. Une bonne partie des titres est efficace mais avec ce deuxième album clairement orienté dancefloor, il n’en demeure pas moins que voilà Birdy Nam Nam réduit à un simple rôle de pion de la nouvelle révolution french touch. Dès lors, ayant semble-t-il perdu une partie de leur soul, ce manuel pour une émeute réussie sonne surtout comme une manifestation adolescente, certes puissante mais aussi sans véritable idéologie pour la porter.

Antony & The Johnsons: Lumineux et glacial



L’album précédent d’Antony & The Johnsons fut, pour moi, une énorme claque. La découverte de cette voix d’ange accompagnée d’un univers particulièrement envoûtant, loin des modes et des tendances, m’avait complètement convaincu. En 2005, Antony imposa donc, tant à moi qu’au reste du monde, la beauté d’I’m a bird now. Suite à ce succès critique et commercial (Mercury Prize du meilleur album), on a pu croiser Antony chantant avec Björk, Bryan Ferry ou encore Mariane Faithfull ; Antony reprenant Knockin’on Heaven’s Doors pour le film I’m not There ou encore Antony s’acoquinant à la disco de DFA, avec le groupe Hercules and Love Affair. Ce fut seulement fin 2008, qu’il rejoignit ses Johnsons pour un très bel EP, nommé Another World, hors d’oeuvre annonçant l’immense The Crying Light, sorti en ce début 2009.

La carrière d’Antony ne commence pas par l’album I’m a Bird Now et sa pluie de critiques élogieuses. Le groupe est d’abord découvert par David Tibet (fondateur du groupe expérimental Current 93), qui le signe sur son label Durto. Le premier album du groupe sort donc sur une petit structure, dans l’indifférence la plus complète. Mais chance, leur deuxième sortie sur Durto records, l’Ep I fell in love with a dead boy, dans lequel Antony reprend notamment Mysteries of Love, chanson composée par David Lynch pour la B.O de Blue Velvet, est remarquée par le producteur Hal Wilner. Hal Wilner, alchimiste des « tributes albums », est surtout le producteur de Lou Reed, auquel il s’empresse de faire écouter l’Ep. Lou Reed, saisi par le talent d’Antony Hegarty, lui propose de participer à l’élaboration de son concept album The Raven. Cette collaboration permet au groupe de signer sur le label américain Secretly Canadian (label notamment de Jason Molina), qui sort dans la foulée The Lake, Ep auquel Monsieur Lou Reed « himself » participe et réédite ensuite le premier album, cette fois avec une bien meilleure diffusion aux Etats-Unis. Petit à petit, le buzz enfle autour du transgenre à la voix angélique, et tout le milieu musical new-yorkais s’emballe à l’écoute de cette voix magique. Vous connaissez la suite, la sortie de I’m a Bird Now fait entrer définitivement Antony & The Johnsons au panthéon des artistes indépendants qui comptent, faisant de ses successeurs des albums à chaque fois très attendus.

Le début de cette année voit donc, enfin, arriver le troisième opus d’Antony & The Johnsosn, The Crying Light. L’album est majestueux, décharné, simple et magistral. Plus épuré, moins soul, mais plus délicat (exit les montés vocales de I’m a Bird Now qui pouvaient parfois être irritantes), le troisième chapitre de la trilogie d’Antony fait penser à ces hivers lumineux et glaciaux, quand la végétation s’est endormie pour laisser place à la blancheur du gel et à la lumière basse d’un soleil rayonnant. Habillées d’un arrangement discret et classieux, les ballades de The Crying Light se révèlent plus puissantes à chaque écoute, plus minimales, plus fragiles, plus mélancoliques. Sans doute moins accessible et plus exigeant que le précédent, The Crying Light n’en demeure pas moins d’une beauté terrifiante.

Antony n’a donc absolument pas perdu de son pouvoir de séduction. Il s’avère même encore plus efficace, comme sur la superbe ballade d’entrée, Her Eyes Are Underneath The Ground, ou encore sur le très fantastique Aeon, où la voix plaintive d’Antony s’allie au son d’une guitare électrique douce. Bien que chaque titre de l’album soit une petite perle, ma préférence va à Kiss My Trance, ballade plus sautillante, relevée d’une batterie et d’arrangements de cordes assez somptueux, contrées dans lesquelles Antony et ses Johnsons ne s’étaient encore jamais aventurés. L’ensemble de l’album reste pourtant sur le même ton, celui de la voix d’Antony accompagnée de piano, ce qui permet d’obtenir une très belle cohérence, donnant envie d’écouter et de le réécouter le disque de bout en bout, comme un bloc indissociable.

La pochette black and white, purement dans le style musical épuré d’Antony & The Johnsons, y montre le danseur de butô, Kazuo Ohno, aujourd’hui âgé de 102 ans. Grande influence pour Antony, le danseur de butô inspira les thèmes de l’album (qui lui est même dédié !). Oscillant entre nature et spiritualité, Antony nous parle d’un monde plus juste, d’une société idéale en contact avec la nature... C’est alors que l’on comprend mieux l’univers d’Antony, à la fois fantastique et extrêmement sensible. Sa musique est le reflet de cette personnalité unique ; une musique à part, froide mais accrocheuse, bien loin des standards actuels ou des pseudos groupes indie. Avec ce troisième album d’Antony & The Johnsons, l’effet de surprise a disparu, mais le groupe n’en demeure pas moins fabuleusement talentueux. Monsieur Hergaty vous avez mes respects.

N.A.S.A : The Spirit Of Apollo


Que les lecteurs allergiques au name-dropping passent leur chemin. N.A.S.A. débarque, avec pas moins d’une trentaine de featuring, de quoi faire pleurer le premier rappeur en manque de collaboration. L’album The Spirit Of Apollo invite (attention, ça va faire mal !), pour le coté hip-hop old school : KRS-One , Ghostface Killah, Kool Keith, Ol’Dirty Bastard (réssuscité ?), Method Man, RZA... Pour ce qui est du cachet hype : M.I.A, Santogold, Kanye West, Spank Rock, Likke Li ou encore Cool Kids, de quoi faire passer le carré VIP du Baron pour une sombre soirée dans le Borinage. Et ce n’est pas fini, ajoutez à cela (et pas des moindres, bordel !) David Byrne, Tom Waits, George Clinton, John Fusciante et Karen O (des Yeah Yeah Yeah). Je vous avais prévenu, le casting est assez grandiose. Derrière cette dream team, deux bidouilleurs américains : Dj Zeagon, producteur pour Beastie Boys et ex-skateur pro et puis Squeaz E. Clean, producteur pour Yeah Yeah Yeah et, accessoirement, frère de Spike Jonze. Vous l’imaginez, avec une guest-list pareille, N.A.S.A avait de quoi attirer la curiosité et les attentes les plus folles. Bien que titillant la mienne, je restais plutôt dubitatif, est-ce possible de faire un album cohérent avec autant d’artistes venus d’horizons aussi différents ?

On connaît tous les fameux tributes albums, regroupant souvent, pour une bonne cause, la crème de la musique pop. Le résultat remplit les caisses des ONG mais, en contrepartie, détruit nos oreilles de mélomanes déjà peu épargnées, en ces temps de music business à tout va. L’album de N.A.S.A, sur papier, fait donc penser à cela et l’on se voit déjà, tordu sur le canapé, en pleine indigestion auditive. Une fois l’album en mains, je le retourne donc dans tous les sens, afin de trouver quelle ONG pourra profiter gracieusement du talent de toutes ces pop-stars. Heu... hé ben, rien... Pas la moindre info sur un charity bussiness possible pour N.A.S.A. N.A.S.A... N... A... S... A... Mais oui, c’est ça !! Les bénefs iront donc renflouer les caisses de la National Aeronautic and Space Administration... Il n’en est rien. N.A.S.A, c’est pour North America / South America car, des deux producteurs au carnet d’adresse serti de people, l’un vit au Brésil et l’autre aux Etats-Unis. Le nom faisant, évidemment, aussi référence aux rivalités East Coast/West Coast du milieu Hip-Hop US.

De rap US, il en évidemment question tout au long du disque, mais également de beaucoup de pop, d’un brin d’électro et d’un soupçon de funk. Un rap oldschool et des beats basiques, quelques gimmicks pop, parfois, quelques sonorités de cuivres, le tout enrobé d’un bon vieux rap made in USA. On ne va pas vous détailler toutes les chansons et tous leurs participants ici car, la tâche risque d’être très vite lassante. Sachez simplement que l’album compte 18 chansons et pour chacune, une moyenne de trois artistes sont derrière les micros. Avec ce line-up partant dans tous les sens, l’album reste pourtant d’une cohérence exemplaire.

On retrouve quelques très bons titres sur l’album, notamment : The People Tree et Money, deux chansons auxquelles l’ancien Talking Heads, David Byrne, participe. Il transforme ces deux titres, avec sa voix particulière, en deux jolies pop songs entourées d’un flow, très bien maitrisé, par Z-Trip, ou encore Chuck D. N.A.S.A Music et Hip-Hop sont de bons titres de rap, efficaces, bien rythmés, sans fioriture. Mon véritable coup de cœur est Strange Enough, commençant par le hurlement « WU TANG, WU TANG » de feu Ol’Dirty Bastard, s’entourant ici d’un refrain absolument délicieux chanté par Karen O. Cette énorme chanson mériterait de se transformer en tube. Le reste de l’album est plus qu’honorable, bien que Spanck Rock ou Kanye West soient un peu mous du genou par rapport à leurs propres productions. On notera tout de même quelques cartons rouges : l’abobinable Way Down, avec la voix sirupeuse de Barbie Hatch, mais aussi Spacious Thoughts, commençant, pourtant vraiment bien, avec le flow de Kooth Keith mais complètement détruit avec l’arrivée de la voix énorme de Tom Waits, n’ayant visiblement pas sa place ici. On termine l’album par un fabuleux titre instrumental, nommé N.A.S.A Anthem, montrant à quel point les deux types derrière les manettes sont talentueux.

Mais ce talent ne fera pourtant pas de The Spirit Of Apollo un album qui restera dans les mémoires. Bien que vachement bien fichu (heureusement, ils ont quand même mis cinq ans !), l’album n’accroche pas. L’envie de le réécouter est plutôt absente. Toutes ces jolies chansons restent fades. Fade comme le rap des années 2000, beaucoup moins percussif que celui du début, quand les rappeurs avaient encore le feu sacré, quand ils sortaient du Bronx et non pas d’une Rolls noire pour rejoindre un défilé Haute Couture. On le sent très clairemnt ici, ce coté rap mainstream policé. Bien qu’une partie du line-up soit faite de vieux maîtres du Hip-Hop, leur talent est, ici, au service, non pas de la révolte, mais plutôt d’un produit nommé N.A.S.A, dont la bande annonce composée d’autant de remarquables personnalités, risque de faire beaucoup d’acheteurs potentiels.

The Spirit Of Apollo ne révolutionne donc rien de rien, c’est un joli produit qui ne restera pas seul, vont suivre : un Dvd, une floppée de remixes, une chiée de clips et une tournée sans les artistes, évidemment, mais avec de jolies vidéos ! Bref, totalement agréable à l’oreille mais beaucoup trop lisse à mon goût...

Late Of The Pier: Une douce folie anglaise



Il est 21h30, le Hall Des Foires de Coronmeuse est rempli de kids prêts à lever les bras au moindre beat. Ils attendent Late of the Pier, le groupe anglais propulsé l’année dernière par le NME. Leur album, sorti à la fin de l’été 2008, est presque unanimement considéré par la presse européenne comme l’un des grands disques de l’année. Le concert de samedi soir aux Transardentes ne sera pourtant pas à la hauteur ; présence scénique quasi nulle, charisme inexistant et qualité de son laissant à désirer. Malgré des chansons incandescentes et des refrains percutants, Late of the Pier ne mit donc pas le feu au festival liégeois. Revenons malgré tout sur leur album, ce fameux Fantasy Black Channel dont la presse indie et les blogs fluo ont tant eu à dire.

Avec ce premier album, ces quatre jeunes anglais (moyenne d’âge 21 ans) ayant écumé les soirées du Liars Club (dont la programmation va d’Art Brut aux dj’s à la mode) avant de se mettre à la tâche ont peut-être bien réussi LE casse de 2008. Ces escrocs ont racketté tout ce que la musique pop a créé ces quarante dernières années pour remplir d’influences diverses leur premier opus jusqu’à l’écœurement. Oui, dans Fantasy Black Channel, il y a du rock, de la pop, un peu d’électro, une cuillère de glam, une pincé de disco, quelques gouttes de krautrock et beaucoup d’énergie. Ce mélange d’influences, ce surplus d’instruments, ce fourre-tout électronique aurait pu sonner cheap et friser l’indigestion. Il n’en est rien, le dj guru Erol Alkan, à la production, ayant su doser à merveille la grandiloquence des quatre Britanniques.

L’alchimie fonctionne tout au long de l’album entre le dj producteur et les baby rockeurs, les tubes s’enchaînent mélangeant guitares acérées à la Gang of Four et synthés à la Gary Numan. Sur cet album, on peut passer allégrement de l’électricité des Pet Shop Boys au mauvais goût de Queen (ou l’inverse, ndlr) sans que cela ne pose le moindre problème. Les compositions, certes tortueuses, n’en oublient pas moins des refrains accrocheurs pour créer des petites perles en puissance telles ce Broken sautillant et fédérateur, The bears are commings et son intro aux percus indiennes enchanteresses, Heatbeat qui -avec son synthé unique spatial et intemporel- résonne déjà comme un classique ou encore Focker, morceau rapide, violent et strident qui entre dans notre cerveau dès la première écoute, pour ne plus jamais en sortir. L’album se termine par l’énorme Bathroom Gurgle, condensé de ce que Late of the Pier fait de mieux (durant 7 minutes), à savoir, des pop songs efficaces faites d’influences diverses et de folies douces.

Malgré l’énorme hype qui entourait le groupe et leur prestation live plus que moyenne, force est de constater que Fantasy Black Channel est un grand album, à la fois loufoque et efficace, faisant fusionner indie rock et culture électro dance comme l’avait fait avant eux New Order ou encore Primal Scream. Late Of the Pier fait donc partie du renouveau de la scène anglaise, loin devant les peu inspirés Klaxons et leur Myths of the Near Future pourtant érigé au rang d’étendard de la scène anglaise, il n’y a pas si longtemps.

Animal Collective: Un laboratoire de vieux sorciers



Bien que possédant les précédents opus d’Animal Collective, je ne fais pas partie de cette armée de fans criant au génie à la moindre note sortant du laboratoire des New-Yorkais. J’ai toujours jeté une oreille attentive aux productions du groupe, elles m’ont d’ailleurs toujours étonnées par leurs folies et leurs expérimentations. Aucun de leurs disques n’est toutefois resté, pour moi, un album de chevet. Non, Animal Collective n’a jamais été de ces putains de groupes dont les putains de chansons m’obligent à les réécouter sans cesse. C’est un énorme labo, à l’expérimentation labyrinthique ; source de tant d’idées créatrices où viennent piocher à leur guise de nombreux concurrents... mais il manque néanmoins à chaque fois un petit quelque chose pour me faire succomber. Peut-être un brin d’émotion.

Animal Collective débarque, une nouvelle fois, avec un album plein d’inventivité et de folie, mais, fait nouveau, Merrywheater Post Pavillion lorgne vers des chansons aux formats plus pop, lumineux, voir carrément accessibles dès la première écoute (My Girls). Animal Collective aurait-il vendu son âme au diable ? Pas vraiment, non, bien que plus sucré, leur neuvième album n’en reste pas moins arty et tortueux, tout en contenant de véritables chansons. Pas la peine de vous dire que la presse est unanime (des magazines féminins branchés aux musicaux plus pointus) : on commence à s’y habituer.

Chose beaucoup plus irritante, le disque est déjà considéré comme album de l’année par une partie de cette même presse et de la blogosphère, sauf que, l’année vient à peine de commencer. Dans ces conditions là, n’apprécier que moyennement Merrywheater Post Pavillion devient presque une faute de goût. J’y ai mis du miens, connaissant la complexité des albums d’Animal Collective, attendant un nombre important d’écoutes (au casque) pour me faire une idée précise de la qualité de l’album. Conclusion : Merrywheater Post Pavillion n’est pas un chef d’œuvre, Merrywheater Post Pavillion est pourtant très beau, Merrywheater Post Pavillion est complexe mais pop, Merrywheater Post Pavillion est à la fois aquatique et électronique, plus encore que Strawberry Jam qui s’aventurait pourtant déjà dans des courants plus techno. Merrywheater Post Pavillion est, malgré cela, probablement le meilleur album d’Animal Collective.

Animal Collective deviendra, sans aucun doute, un groupe culte, un de ces groupes tellement fous, qu’il restera dans les mémoires...... (collective va sans dire). Un groupe important de la scène pop-rock, car à chaque nouvel album, il pousse la musique pop dans ses retranchements les plus extrêmes, dans ses terrains les plus obscurs et inexplorés et rien que pour cela, je respecte énormément leur formation. Malheureusement, bien qu’une nouvelle fois impressionné et conquis par de nombreuses chansons - l’énorme My Girls, le fabuleux Daily Routine, le très beau et mélancolique No More Runnin ou encore le joyeux Summertime Clothes aux rythmes martiaux et frénétiques, l’album, dans son ensemble, reste encore un peu indigeste.

Animal Collective arrive donc, début 2009, avec cette neuvième plaque, dont il ne manque pas grand-chose pour qu’il soit le très grand disque que l’on attend d’eux. Certains parient déjà, qu’avec un Merrywheater Post Pavillion s’égarant vers le format chanson, le prochain album des musiciens de Brooklyn sera encore plus pop et fera d’eux le Radiohead américain, conciliant expérimentation et format radio.

Moi, je crois surtout qu’Animal Collective restera toujours ce groupe barré, superposant les sons et chantant, à la manière de vieux sorciers, des paroles aux échos chamaniques et aux profondeurs abyssales.