samedi 19 mars 2011

Nicolas Jaar Space Is Only Noise



Le New-Yorkais Nicolas Jaar est sur toutes les lèvres et tous les blogs depuis 2008. Son premier album, attendu tel le messie, est apparemment ce qui va révolutionner la musique électronique, casser les schémas et lui donner un nouveau souffle. L'album est maintenant dans les bacs. Chronique d'un phénomène.
Beaucoup de buzz autour du bonhomme, beaucoup d'attentes aussi, mais rien de véritablement surfait puisque, depuis son premier Ep (Student), sorti sur le très arty label Wolf+Lamb, force est de constater qu'il en aura bluffé plus d'un. A l'époque, le jeune New-Yorkais d'origine franco-chilienne n'avait que 17 ans! S'ensuivra l'excellent Nicolas Jaar Live Fall 08’ balancé sur le web et écouté en boucle au-dela d'un simple automne. Son deuxième Ep, la tornade Time For Us, nous a insufflé un groove infectieux dans les dents, une deep house suave, un truc rarement entendu, neuf et frais qui fera vite le tour du web. Un Ep qui offrira aussi à Nicolas Jaar sa première véritable visibilité et sa première consécration.
Toutes les conditions étaient donc réunies pour que presse musicale et mélomanes attendent ce disque comme on attend une vraie bonne came, un truc à nous faire tellement triper que ça transformerait peut-être notre vision des choses et de la musique. Un truc aussi révolutionnaire qu'Aphex Twin ou Burial en leur temps, disait-on dans les couloirs des passionnés de sons ou des vendeurs de buzz. A vous de voir. En ce qui nous concerne, avant la sortie de l'album, trois titres nous avaient véritablement percuté les neurones, « Time For Us », « Mi Mujer » et l'excellent « El Bandido ». On attendait donc un album dans la même veine, celle d’une house groovy et toujours connectée au dancefloor, malgré un tempo lent.
A l'écoute du disque, le virage est sévère. Nicolas Jaar semble opter pour d'autres univers, des univers encore plus lents, avec moins de groove et plus de collages, des ambiances plus cinématographiques et lounges mais toujours avec une patte indescriptible influencée par la house, le jazz ou encore les percussions exotiques. L’album s’écarte du dancefloor pour mieux se rapprocher du bar, de ces ambiances enfumées, éthyliques et volubiles. On y entend du Godard et du Tristan Tzara enrobé par Ray Charles, on y aperçoit l’influence de l’éthio-jazz de Mulatu Astatke et l’on se noie dans cette multiculturalité neurasthénique addictive. Le Space is Only Noise de Nicolas Jaar est un grand disque à la maturité impressionnante qui nous emporte pour un voyage cohérent, implacablement déroutant et confortable à la fois. Nous dirons de lui qu'il est un disque rare. Un disque rare, mais pas un disque exceptionnel, trop confortable pour ça, trop luxueux, pas assez dark. Parce que oui, même si le disque de Nicolas Jaar est assez somptueux, il est parfois à la lisière de ces compiles lounges faites par des hôtels pour des branchés urbains un brin bling-bling. Heureusement, la plupart du temps le jeune franco-chilien sort gagnant de cette comparaison un peu vache, on vous l’accorde.
Bref, Space Is Only Noise est un disque qui s’écoute les dimanches embrumés par l’hiver et les excès, entre une tasse de café et un brownie, entre Burial et St Germain. Un disque qui ne révolutionnera peut-être pas mais qui plaira longtemps, longtemps, longtemps…

Gorillaz Plastic Beach Live @ Lotto Arena Anvers



Quand on entre dans l'enceinte de la Lotto Arena en ce 25 Novembre, on sent déjà une électricité dans l'air, tout le monde sais en foulant l'immense espace de la salle, que nous allons assister là à un concert quelque peu exceptionnelle. Exceptionnelle quand on sait que c'est la toute première fois que le groupe foule le sol belge pour un live, exceptionnelle également quand on connaît le peu de concert que le groupe a donné depuis sa création et également exceptionnelle devant l'ampleur du projet auquel on va assister!

Pléthore de star, écran géant, orchestre à corde, brass band... Sur papier la liste des invités et l'ampleur du show a de quoi donner le tournis. Pour amuse-bouche deux première partie qui figurerons également sur le menu de Gorillaz, Little Dragon tout d'abord et les vétérans du rap US De La Soul, deux concert sympas, mais un peu pauvre visuellement et scéniquement face à la grandeur du mastodonte Lotto Arena, le public pendant ses premières parties n'est d'ailleurs pas encore complètement attentif, partagé entre une visite aux toilettes, la commande d'une tournée de bière ou encore le dernier ragot d'une amie volubile.

Le changement de plateau entre De La Soul et Gorillaz, fera monter l'excitation, les fans commencent à se rassembler, les sièges se remplissent dans les balcons et le calme s'installe.

Les lumières s'éteignent et l'entrée du groupe fera taire les derniers bruits! Dés le début avec l'intro orchestrale et les immenses lettres G O R I L L A Z au fond de la scène le public est emporté dans le monde gorillaz! Les premiers mots du concert nous viendront de Snoop Dogg sur l'écran géant, il entonne "Welcome To The World Of The Plastic Beach" accompagné sur scène de L'Hypnotic Brass Ensemble, dandinant au rythmes de leurs cuivres, le tout supervisé par un Damon Albarn survolté! La machine est lancé, les étoiles sont déjà dans les yeux du public et dans ceux de Damon, comme si ce qu'il vivait sur scène était l'aboutissement de tout son parcours avec Gorillaz.

Le groupe ne cessera d'envoyer du bois pendant les deux heures d'un show unique, hyper en place tout en restant véritablement humain et chaleureux. Accompagné des deux anciens Clash, Mick Jones (guitare) et Paul Simonon (Basses) déguisés en matelot, d'un batteur, d'un clavieriste, de choeurs, d'un orchestre à cordes, le groupe nous offrira un immense spectacle. Basé sur un principe de "cabaret" réactualisé, les artistes entre sur scène pour une chanson, reviennent pour une autre dans une joyeuse fraternité, Damon Albarn est là en chef d'orchestre, en amuseur, en porte parole de tout le projet, son projet, le défendant corps et âme, n'hésitant pas à courir d'un bout à l'autre de la scène, à sauter, à taper dans les mains du public ou encore à agiter le drapeau blanc d'un "White Flag" superbement interprété avec le Syrian National Orchestra for Arabic Music. Outre le spectacle assuré par de superbe vidéos et l'écriteau de Gorillaz changeant de couleurs aux rythmes des ambiances musicales, la vrai grandeur de Gorillaz est de mêler les genres avec toujours autant de classe et de réussite car comment parler de Gorillaz sans parler de ce fabuleux melting-pop alliant musique du monde, hip-hop, musique classique, soul et dessin animé. Loin des grosses productions dans lesquelles s’enferment les groupes pop d’une telle ampleur (on pense par exemple aux infâme U2 ou autres King Of Leon), Damon Albarn semble garder les pieds sur terre, semble rester humble, à l’image de ses accolades émues avec De La Soul ou l’immense Boby Wommack. Déboulant en T-shirt et blouson de cuir, sourire aux lèvres l’immense pop star qu’il est entrain de devenir a gardé sa passion intact comme si il foulait pour la première fois la scène avec blur.

Après 1H45 de concert les artistes quitte la scène quelques minutes avant de les voirs revenir pour un Cloud Of Unknowing avec un Boby Womack au chant poignant. Mais la fête n’est pas encore finie, la Lotto Arena va se transformer en véritable chauderon quand le groupe balancera ses tubes Feel Good Inc et Clint Eastwood, le public ne peut s’empêcher de danser, les bras en l’air, les sourires et les cris ne s’arrêterons plus et l’on se quittera sur Don’t Get Lost In Heaven et Demon Day en étant certain d’avoir assisté là à un de nos plus beaux concerts depuis longtemps. Pari réussi pour la bande à Gorillaz, l’immense machine virtuelle c’est dès lors transformé en un projet bien réel celle d’une troupe protéiforme orchestré par le génie Albarn qui une fois de plus peu continuer à garder le sourire.

Tigersushi More G.D.M.X



Le premier jour des années 2000 fut un échec. Pas la moindre trace du bug annoncé et attendu.

L’excitation d’en découdre avec les années nonante, dans un grand chaos informatique et apocalyptique, eut raison de nous, nous envoyant pour seul comité d’accueil une tête dans le fion et quelques confettis dans le revers de la veste. Pâle copie de 99, 98 ou 97, le premier janvier de deux triple zéro s’annonçait fichtrement décevant et déjà vu. C’était sans savoir que les années 2000 débarquèrent réellement un an et demi plus tard, un matin de septembre, avec un comité bien plus tragique qu’un mal de crâne et quelques ronds de papier. Deux avions comme signature, un château de carte qui s’effondre, dans lequel on avait placé nos atouts. Bad trip, angoisse, sécurisation, paranoïa, schizophrénie…

En gros, voila comment ont déboulé les années deux milles.

Elles se termineront dix ans plus tard, avec, pour seul avenir radieux, les traders à genoux et un président américain black avec « hope » écrit sur le front. Durant ces 10 années parfois bien sombres, on aura pourtant fichtrement dandiné du cul. Le son était bon et après un retour du rock’n'roll un peu moisi, on aura surtout dansé sur du post-punk, du disco, du krautrock et de l’électro. Le savant mélange d’une époque, le cocktail d’une génération qui recycle plus qu’elle n’invente mais qui, par un talent certain et un putain de shaker dosant les beats à la perfection, nous aura pourtant conquis.
En bon gosse des noughties, on aura donc levé les bras sur du DFA, hurlé sur les savants mix d’Optimo, agité la tête au son de Kompakt ou encore grimacé sur le talent des 2 Many DJ’s devenant, au fil du temps, de moins en moins pertinent. A Berlin, New-York, Bruxelles et Glasgow, les mêmes mômes redécouvraient Liquid Liquid, The Fall ou encore Yello. La France avait, cette fois, de quoi miser dans l’aventure avec un jeu pas trop moche, une paire audacieuse : Joakim musicien et producteur et son jeune label Tigersushi.

A l’image du logo pixellisé, l’épopée Tigersushi aura débuté façon geek, parfaitement dans l’ère du temps, quand Joakim Bouaziz et Charles Hagelsteen montent un site (www.tigersushi.com), consacré à la musique. Et qui ne cesse de confronter celle d’hier et d’aujourd’hui; comme une vision transversale qui n’a que faire des époques et des chapelles. Le succès du site verra pointer les premières compilations et les premières compilations verront débarquer un label. Tigersushi prend rapidement du muscle grâce au flair de son patron, qui déniche talents obscurs, réelles personnalités et déterre de jolis trésors oubliés comme Cluster ou Max Berlin. Joakim, notre James Murphy du 10e arrondissement, aura également son House Of Jealouse Lover à lui, avec le single Budapest de Poni Hoax, froid et dévastateur, une bombe à retardement qui fera exploser Poni Hoax. En deux albums, la bande à Nicolas Ker acquiert un statut de groupe alcolo-culte et probablement celui de meilleur groupe français des années 2000! Mais Tigersushi, c’est aussi les dingueries de Principles of Geometry (et de beaucoup d’autres) qui mêlent John Carpenter à l’électro warpienne, dans un joyeux trip science-fictionnèsque ou encore l’électro ambitieuse de K.I.M.


Le label fête aujourd’hui ses dix balais, une décennie d’éclectisme ambitieux qui résonne comme la parfaite incarnation de nos années deux milles.

Une époque où l’on suffoquait d’angoisse sous les boules à facettes, la tête remplie d’électro, de beats eighties et de vieux trésors savamment dénichés. Au même moment, de l’autre coté de l’Atlantique, James Murphy et son LCD Soundsystem sortent leur troisième et dernière plaque, la fin d’une renversante trilogie. A Glasgow, Optimo baisse définitivement le rideau des soirées hebdomadaires Optimo (Espacio) au Sub Club. On change de décennie, Tigersushi était de la partie et nous fait cadeau d’une compilation anniversaire. More G.D.M.X, en deux disques savoureux, retrace le parcours de l’écurie de Joakim. K.I.M y reprend Meat is Murder des Smiths et l’on se dit que Tigersushi partage avec la bande à Morrissey une certaine classe, humble et noble à la fois. Nos dix prochaines années seront peut-être meilleures, sans nul doute bien moins variées et dansantes qu’une compile Tigersushi ou qu’un mix d’Optimo…

vendredi 18 mars 2011

Adam Kesher, french furibond


On commence tout de suite par une évidence: après des débuts post-punk, les gars d'Adam Kesher s'offrent sur ce Challenging Nature électrisant un tournant pop et furibond. Certes, ces Bordelais avaient déjà fait parler d'eux en 2008 avec l'électro-rock Heading For The Hills, Feeling Warm Inside sur le label Disque Primeur. Mais deux ans après cet album tonitruant, voilà qu'ils nous en remettent une bonne couche avec un disque plus attachant, plus cohérent et plus évident que le précédent. Bref, tout ce qu'il faut pour s'imposer comme l'une des valeurs sûres du rock français, quelque part entre Phoenix et Poni Hoax.
Car les mecs d'Adam Kesher ne sont pas des nouveaux venus. Cela fait bientôt cinq ans que ces franchouillards de la guitare essaient de façonner une électro-rock classieuse à mi-chemin entre DFA et !!! et d'être pris au sérieux malgré une carte d'identité affichant le bleu-blanc-rouge du mauvais goût rock. N'en déplaise aux moqueurs et autres critiques bornés, la France recèle une poignée de groupes décomplexés au talent certain. On parle ici de Phoenix et de Poni Hoax, mais aussi de Dondolo, des Naive New Beaters et aujourd'hui d'Adam Kesher. Et avec cette deuxième plaque, le groupe s'offre la légitimité de figurer parmi les meilleurs groupes de l'Hexagone.
On retrouve ainsi sur Challenging Nature des influences allant de la new wave anglaise à la power pop américaine, mais on a également envie de citer les noms de Gang Of Four, des Klaxons, de Liars, de Daft Punk ou encore de Foals pour vous donner une idée encore plus claire de l'objet. C'est justement ce melting pot d'influences qui donne tout son cachet à ce deuxième disque plus percutant et plus lisse que le précédent. On ajoute à cela une production efficacement orchestrée par Dave One (Chromeo), épaulé par Philippe Zdar et par le célèbre dj de Kanye West, A-Trak. Joliment produit et bien ficelé, Challenging Nature l'est donc certainement. On lui reprochera par contre de sonner un peu trop dans l'air du temps pour tirer totalement son épingle du jeu. Et si l'on retiendra surtout les titres "Hundred Years Later", "Hour Of The Wolf", "Kiss Me Kinski" et le renversant "Julien, Julie", sachez que l'intégralité de l'album vaut, au minimum, que l'on y jette une oreille. Car sur Challenging Nature, ça groove à tous les étages et ça part dans tous les sens, du disco au synthé 80's en passant par des relents de rock-psyché et de pop à chérir. Depuis Cassius, Phoenix ou encore Mirwais, nous avions presque oublié que la pop française pouvait être aussi bien foutue.

Poni Hoax l'interview


Poni Hoax est sans aucun doute le groupe français le plus excitant de notre époque. Après deux albums signés sur Tigersushi, la bande à Nicolas Ker s'apprête à sortir une troisième plaque sur une nouvelle structure. Avant cela, elle a pris le soin de nous balancer un single orienté club sur Abracada. Cette petite bombe s'appelle "We Are The Bankers" et est une jolie tuerie électro-rock comme les Parisiens savent nous en concocter. L'occasion pour Goûte mes disques, avant le rush médiatique qui risque de s'abattre sur la formation, de poser quelques questions sur l'actualité du groupe à Laurent Bardainne, compositeur et claviériste.

GMD : Pouvez-vous nous expliquer comment l'histoire de Poni Hoax a commencé ?

Laurent Bardainne : Le 11 septembre 2001, les tours s'effondrent avant l'apéro. Après l'apéro, je décide de monter un groupe. Ça s'appelait Le Crépuscule. Une sorte de rock prog très sombre avec déjà la plupart des membres de Poni. En 2005, Tigersushi nous fait une proposition de signature et la chanteuse nous lâche. On passe donc une petite annonce sur le site de Tigersushi et je reçois une cassette et une petite lettre de Nicolas Ker, que j'ai d'ailleurs gardée. On était voisins depuis 5 ans sans se connaître... Entre temps, on a sorti un maxi, "Budapest", avec Olga Kouklaki à la voix. Après, avec Nicolas, on avait enfin le groupe au complet.

GMD : Vous venez de quitter Tigersushi et de sortir un titre (We are the Bankers) sur Abracada, le label de Dirk De Ruyck (d'Eskimo Recording) et Manu Baron (du Social Club). Quelles ont été vos motivations dans ce changement de label ? Poni Hoax faisait pourtant partie intégrante de l'ADN Tigersushi ?

Laurent Bardainne : C’est comme les histoires de couples, il faut savoir se séparer. On avait besoin de passer à autre chose. Abracada, c'est juste un one shot club par affinité avec Manu Baron. Ils sont vraiment orientés maxi/dance floor et ce titre a été fait dans cette optique.

GMD : Un album sortira dans la foulée, on parle de fin 2010. L'album sortira sur Abracada ?

Laurent Bardainne : Non, sur un autre label mais je ne peux pas encore en parler…

GMD : Depuis combien de temps préparez-vous cet album ?

Laurent Bardainne : On a débuté l'écriture il y a au moins deux ans. En gros, on le prépare depuis la sortie de Images of Sigrid.

GMD : Comment se passe l'enregistrement ? Dans quelles conditions travaillez-vous ? La production est toujours confiée à Frédéric Soulard et à Joakim ?

Laurent Bardainne : Frédéric Soulard évidemment ! En ce moment, on fait également un titre avec Renaud Letang, qui nous a invités dans son studio à Ferber.

GMD : Vous venez de faire une mini-tournée nommée "warm up tour", avec quelques dates françaises; L'occasion de se chauffer avant la véritable tournée qui suivra la sortie de l'album ? Comment se sont passées les retrouvailles avec votre public ?

Laurent Bardainne : Ça s'est très bien passé ! Le public est plus nombreux avec le temps et les gens connaissent vraiment les morceaux! C'est très étonnant. On a eu un grand moment d'émotion à Bucarest car les organisateurs nous avaient demandé de chanter "Bucarest" à la place de "Budapest" et le public a hurlé. C’était magnifique !

GMD : Quelles ont été les influences pour l'enregistrement des nouveaux morceaux ?

Laurent Bardainne : C’est toujours pareil : tout et n'importe quoi ! Peut-être un peu plus de soul…

GMD : On a entendu dire que les textes du nouveau disque étaient notamment influencés par le thème de la guerre. Peux-tu nous en dire plus?

Laurent Bardainne : C'est vrai. La première salve de morceaux parlait de la guerre. Nicolas a grandi au Cambodge, au pire moment. Il a failli y passer, il avait besoin d'en parler. Mais après on a continué sur d'autres titres sans thématique.

GMD : Parlons un peu de vos influences plus générales. Quelles ont été vos premières claques musicales? Vos premiers albums cultes? Les labels qui t'ont influencé?

Laurent Bardainne : On a tous des goûts très différents. Moi, c'est Coltrane avant tout. Les autres, dans le désordre, ça donnerait : le Velvet Underground, David Bowie, le Parliament Funkadelic, les Doors et Daft Punk.

GMD : Et dans la manière de gérer votre image, quels artistes vous ont influencés? Vous êtes souvent considérés comme un des meilleurs groupes français, culte pour le petit milieu des branchés parisiens?

Laurent Bardainne : On ne gère rien malheureusement. On met un temps fou pour mettre en place un clip ou une séance photo… on est complètement nuls question image ! Mais merci pour le compliment !

GMD : Quel regard portes-tu sur la scène rock française actuelle ? On a l'impression que Poni Hoax a plus de points communs avec la culture anglophone ou le surréalisme belge qu'avec une certaine façon de voir la musique à la française?

Laurent Bardainne : Il y a un problème historique en France avec la musique. Il y a cette sombre tradition qui veut que la musique serve un texte, une histoire. C’est de l'illustration sonore. Si le texte dit: « je suis un chat », il faut faire « miaou miaou » en musique ! Ça va, on est plus en maternelle ! Nous, on ne fait pas ça… et c'est dur et long de trouver sa place. Mais c'est en train de changer, regarde le succès de Pony Pony Run Run, c'est très bon pour tous les groupes qui chantent en anglais !

GMD : Que pensez-vous de l'évolution de la musique, les nouvelles façons de la consommer et de la culture internet qui prend de plus en plus d'importance ?

Laurent Bardainne : Dans le métro, tout le monde a un iPod. Les gens adorent écouter de la musique. Comme elle est gratuite, je comprends qu'en temps de crise, avoir le geste citoyen de vouloir payer alors qu'en deux clics on a tout gratos, ca ne marche pas... Comment ça va finir tout ça ?

GMD : Comment voyez-vous Poni Hoax dans dix ans ? Un groupe de génies nonchalants, de dandy musiciens profitant de la vie d'artiste pour vivre dans la débauche et la luxure?

Laurent Bardainne : Si on est encore vivant, oui. A courir après des couguars et des ladyboys.

GMD : Pour terminer, pouvez-vous nous donner votre playlist du moment ou plutôt ce qui tournait pendant l'enregistrement du disque, les quinze tracks qui ne vous ont pas quitté ?

Laurent Bardainne : Comme beaucoup de musiciens je crois, on n’écoute pas beaucoup de musique. Vaguement, je dirais MGMT pour Vincent, le batteur, du dubstep pour Nicolas, le guitariste, Janelle Monáe pour Nicolas Ker, Blur pour moi et l'intégrale de Wagner pour Arnaud.